AGENDA



dimanche 4 mars 2018

Transports, débat public


Notre monde « moderne », a pris son essor avec l’utilisation des énergies carbonées (charbon puis pétrole). L’honnêteté pousse à reconnaître que cela a apporté beaucoup de confort à nos sociétés occidentales : santé, longévité, nourriture abondante, etc … Mais après des décennies de consommation sans conscience, les limites de la planète s’imposent à nous en ce début de vingt unièmes siècles. Les stocks de pétrole ne sont pas inépuisables, et parallèlement, le carbone stocké jusqu’alors sous terre, mais remis dans l’atmosphère dérègle, à moyen terme, le climat fragilisant nos sociétés peu résilientes. Les quantités de pétrole restantes, toujours plus difficiles à extraire se font de plus en plus rares au point que nous essayons d’essorer les quelques gouttes d’hydrocarbure que la planète possède encore (gaz de schiste, sables bitumineux, …). Et aujourd’hui, il ne reste pas assez de réserves pour répondre à une demande toujours croissante mais il en reste suffisamment pour détraquer complètement le climat qui, par son exceptionnelle stabilité, avait permis l’essor de la société humaine. Telle est la situation. Il ne nous reste donc qu’une chose à faire : anticiper et cesser la fuite en avant, comme nous le redit l’appel des 15000 scientifiques de 2017.

Il nous faut donc parler et penser « développement durable ». Et si nul ne peut sauver, à lui seul, l’humanité, en revanche la somme de nos décisions durables et locales peut, sans rien garantir, donner l’espoir à l’humanité qu’elle pourra poursuivre son aventure sur son seul et unique vaisseau spatial.

Cette idée d’actions locales est l’esprit de l’association Citoyens Ecologistes et Solidaires qui s’est donné pour but d’œuvrer au développement durable sur son territoire de vie : le plateau de Saclay. C’est pourquoi, aujourd’hui, nous nous immisçons dans le débat sur les transports et sur la protection des terres agricoles et forestières.

En préambule de ce débat constatons que, dans le cadre de la transformation de nos villes carbonées en villes résilientes, la protection des terres agricoles péri-urbaines est une priorité absolue car si les familles ont besoin de logements, elles ont aussi besoin de nourriture, locale, saine, de saison, peu chère et dé-carbonée. Ainsi ; sur le plateau de Saclay, il existe une zone de protection des terres agricoles et forestières, il faut que cette protection soit gravée dans le marbre et ne puisse être, comme cela se voit partout, sacrifiée au moindre projet de bétonnage, sur l’autel du pragmatisme et de la croissance.

Second point sur lequel il faut nous accorder : le Paris-Saclay - très critiquable par ailleurs - est maintenant une réalité (imposée). Dans un esprit de durabilité sociale, écologique, climatique et économique, quelles solutions de déplacement pour les personnels travaillant sur le site, pour les Ulissiens, et pour les habitants de la CPS ? Les projets, comme celui d’un métro lourd ne répondent pas aux défis qui se posent à nous. Il nous faut regarder les flux, les capacités, les demandes, les alternatives afin de proposer des modes de déplacements sobres en carbone et qui répondent à nos besoins.

C’est pourquoi l’association CES propose une soirée de débat public, aux Ulis, où des intervenants nous exposeront les défis actuels, nous montreront les risques que posent les projets de transport de la ligne 18, et évoqueront des solutions alternatives. Nous donnerons la parole aux citoyens présents dans la salle, qui seront ainsi entendus par les élus qui nous feront l’honneur d’être présents, et par les journalistes, qui voudront se joindre à nous et pourront se faire l’écho des idées émises. A l’issue de cette soirée une position de principe sera prise par l’association CES qui donnera lieu à un communiqué de presse et à une motion lue devant les différentes assemblées d’élus locaux.  


Nous vous donnons rendez-vous 
(sous réserve d’acceptation de la Mairie des Ulis) 
le mardi 10 avril 2018, 
de 20 h à 23 h 
à la maison des associations des Ulis 
(2 avenue d’Alsace – Les Ulis).

dimanche 11 février 2018

Mon courrier Stop-linky à EDF


A l'attention de : Direction commerciale EDF 
Objet : Opposition à l'installation du compteur Linky chez moi. 

 Madame, Monsieur, 

Je viens de recevoir un courrier m'informant qu'un compteur Linky allait être installé chez moi, merci de trouver, par la présente mon refus de voir cet appareil remplacer mon compteur actuel. 

Je refuse pour des raisons économiques, de gestion des ressources et contre l'obsolescence programmé qu'induit cet appareil. Mon compteur actuel, gratuit, est en parfait état de fonctionnement et ne demande pas à être remplacé, alors que votre compteur Linky me coûtera une location que je n'ai pas désirée. Par ailleurs vos compteurs Linky vont à l'encontre de ma philosophie de vie : ils sont prévus pour ne durer qu'une dizaine d'années, ce qui est un gâchis de matières premières et va totalement à l'encontre des accords de Paris de la COP 21, qui appelle à réduire nos émissions de gaz à effet de serre, et de l'appel des 15000 scientifiques qui exhortent le monde à une meilleure gestion des ressources afin de préserver le climat et les équilibres naturels afin d'assurer notre durabilité. 

Ensuite les exemples d'incendies causés par ces nouveaux compteurs sont légions, je ne souhaite donc pas faire porter un risque non négligeable à mon logement et ceux de mes voisins. 

Ces compteurs n'ont d'intelligent que le nom, ils sont en fait un capteur de données et je refuse que ma consommation, reflet de mon mode de vie, de mes absences et de mes présences soit disponible dans le Big Data, dans le nuage électronique que personne ne maîtrise. C'est pour moi, une véritable violation de vie privée. 

Pour finir, étant mensualisé, mes démarches de facturations sont déjà très simples et n'étant plus un enfant depuis longtemps, conscient des impacts environnementaux de la consommation d'énergie et de la gabegie générale en matière énergétique, il y a longtemps que je sais maîtriser ma consommation que je limite au strict nécessaire et je n'ai pas eu besoin d'attendre votre appareil pour être responsable. 

Merci donc de bien vouloir avertir vos services (Enedis) qu'il est inutile qu'ils se déplacent à mon domicile pour installer, contre mon grès, votre pareil Linky que je refuse et que la cour des comptes a épinglé pour son coût de déploiement sur le territoire et qui, au final, ne profite guère aux consommateurs. 

Dans l'espoir d'avoir été entendu par vous, je vous prie de croire, Madame, Monsieur, en mes salutations les meilleures. 

Bruno BOMBLED

lundi 22 janvier 2018

Expo Universelle, satisfaction des associations devant son abandon par le gouvernement

Communiqué de presse suite à l'abandon 
du projet d'aéroport NDDL et 
de la candidature Expo universelle 2025
(21 janvier 2018)

Le comité NDDL-Plateau-de-Saclay et le collectif Urgence-Saclay se réjouissent de la décision prise d'abandonner le projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes. La méthode choisie par le gouvernement a été la bonne : reconsidérer complètement la situation en nommant des rapporteurs indépendants pour étudier en profondeur les deux alternatives possibles. La solution choisie, la rénovation de l'aéroport Nantes-Atlantique, outre qu'elle est beaucoup plus respectueuse de l'environnement, est aussi la moins chère. 

Nous accueillons ce weekend, avec le même soulagement, le renoncement de la France à sa candidature à l'exposition universelle 2025 qui avait pour cible des terres encore cultivées du Plateau de Saclay. 

La folie des grandeurs avait conduit les majorités élues locales à rajouter ce projet aux difficultés de la construction institutionnelle de l' « Université » Paris-Saclay (1) et aux difficultés de transport vers et sur le plateau. Outre la tartufferie de prétendre protéger la planète en commençant par bétonner encore plus de terres agricoles, seuls des naïfs pouvaient croire aux promesses mirobolantes de 160 000 emplois durables créés et de 23 milliard d'euros de gains économiques. Le vrai risque était bien plutôt de creuser encore plus le déficit prévisible des finances publiques ces prochaines années. Ce point ne pouvait pas échapper à une analyse financière sérieuse.  

Tout comme à Notre-Dame-des-Landes, et comme pour cette candidature déraisonnable, il faut maintenant remettre à plat et regarder avec objectivité les projets d'urbanisation du plateau que les majorités élues au département et à la communauté d'agglomération continueront à pousser, dans la même opacité que feu la candidature à l'exposition universelle. 

Pour résoudre les problèmes de transport, point très difficile dès aujourd'hui pour les usagers, la solution la plus chère, la plus longue en délai de réalisation et la plus menaçante pour les terres agricoles a été retenue. Ce train sur viaduc arrivera de toute façon bien tard et aux dernières nouvelles, c'est le futur réseau Grand Paris Express dans son ensemble qui est actuellement remis en question, pour cause d’explosion de son budget prévisionnel. 

Il serait donc temps d'étudier sérieusement les solutions alternatives de transport proposées par divers spécialistes. Il s'agit d'entretenir et d'améliorer l'existant, en particulier le RER B, de considérer les liaisons vallée-plateau sous forme de téléphérique, d'améliorer la desserte par les lignes de bus, dont celui en site propre. 

Quant à la construction d'un hôpital sur le Plateau au détriment de la rénovation des hôpitaux de proximité du Nord-Essonne, avec fermetures à Orsay, Longjumeau et Juvisy, voilà encore une vision d' « excellence » bien défavorable aux habitants. Outre l 'éloignement des services hospitaliers, le projet correspond à une offre de lits en diminution d'environ 30 % sur le périmètre cité et à la perte de 625 emplois, dont nombre de personnels soignants. 

(1) Le regroupement forcé d'établissement d'enseignement supérieur et de recherche n'a pas donné les résultats attendus en termes de construction institutionnelle. L’État a déjà investi plusieurs milliards d'euros en immobilier mais c'est la division qui règne avec deux projets concurrents (Paris-Saclay d'un coté, Polytechnique de l'autre). Même dans le cas de l' « université » Paris-Saclay, plusieurs composantes veulent conserver leur identité propre. 

Comité de soutien NDDL-Plateau-de-Saclay 
Collectif Urgence Saclay !

vendredi 12 janvier 2018

Appel de scientifiques pour un aménagement du plateau de Saclay respectueux de sa valeur écologique et de ses habitants

Lettre ouverte à Mme Valérie Masson-Delmotte et M. Cédric Villani 
Copie à M. le Premier Ministre, Edouard Philippe 


Madame la Présidente, Monsieur le Député, chère et cher collègue, 

Nous nous adressons à vous en tant que scientifiques, impliqués dans la vie de la cité et parce que nous voulons croire à la sincérité et au caractère désintéressé de votre démarche pour le progrès social et économique de notre pays.

Vous avez pris position récemment en faveur de la poursuite de l’urbanisation du plateau de Saclay, à travers deux opérations d’aménagement à très fort impact (1,2): la construction de la ligne 18 du Grand Paris Express (M. Villani, votre courrier à Emmanuel Macron du 20 Novembre 2017), et l’accueil de l’Exposition Universelle en 2025 (Mme Masson-Delmotte, votre tribune dans le Monde du 20 juin 2017). 

Vous n’ignorez pas bien sûr l’urgence des problèmes climatiques et environnementaux qui nous menacent. Nous sommes moins certains que vous ayez pris toute la mesure de l’évolution rapide et nécessaire de nos sociétés que ces menaces requièrent. Et votre engagement public vous amène à fréquenter un milieu d’élus, d’hommes politiques et d’acteurs économiques dominants dont l’intérêt n’est pas de favoriser cette évolution. En outre, votre position de scientifiques vous conduit à placer des espoirs démesurés dans le pouvoir de la science et de la technologie, qu’il faut aujourd’hui réévaluer à l’aune des graves menaces qui pèsent sur notre planète. 

Avec le changement climatique et son cortège de catastrophes annoncées, (dont une chute inévitable des rendements agricoles), la raréfaction des ressources biologiques, énergétiques et des matières premières, et les innombrables problèmes de pollution engendrés par notre modèle de développement, nous ne pouvons plus raisonner avec les schémas d’hier : la science va peut-être nous aider, mais ne suffira certainement pas à nous épargner le choc qui s’annonce. Elle ne peut nous dispenser d’emprunter la voie étroite, mais impérieuse, que tracent depuis longtemps les penseurs écologistes, celle de la sobriété, qui doit être adoptée par toute la société comme une nouvelle culture (3). 

Cette sobriété implique notamment d’organiser des territoires équilibrés, où l’autonomie alimentaire et économique est recherchée au maximum. Des territoires dont la densité et l’aménagement permettent de conjuguer habitat et travail, alimentation et activités, au service et au plus près de ses habitants, en minimisant les transports de toutes natures. 

Sur le plateau de Saclay, cette sobriété n’est pas compatible avec la construction d’un métro lourd au milieu des champs pour permettre à quelques cadres pressés, hommes d’affaires et autres chercheurs de se rendre rapidement à Orly ou à la Défense (4). Cette sobriété n’est pas compatible avec la destruction de terres cultivées de grande valeur nourricière et écologique, dans le but d’accueillir 35 à 50 millions de visiteurs pour quelques mois. Rappelons le rôle crucial des sols naturels dans la séquestration du carbone atmosphérique, et la lourde tendance de notre pays à détruire cette ressource et ce patrimoine par dizaines de milliers d’hectares chaque année. Cette sobriété deviendra impossible dans la mégapole que ces projets préparent, où un mode de vie consumériste s’imposera à tous, du fait notamment d’une dissociation toujours plus grande entre lieu de travail, lieu de vie, et lieu de production alimentaire. 

Nous regrettons vivement, M. Villani, qu’à peine deux jours après les Assises de la Mobilité sur le plateau de Saclay, où vous avez malheureusement manqué la plupart des exposés consacrés à ces questions d’aménagement et aux différents choix de transports qui s’offrent aujourd’hui (5), vous ayez signé avec vos collègues députés votre lettre en faveur de la ligne 18, projet énergivore inadapté aux besoins et surdimensionné. Dans une autre lettre, vous évoquez plus récemment une « trahison », alors que rien n'oblige, bien au contraire, l'actuel gouvernement de tenir les promesses intenables des gouvernements précédents, aveuglés par le mirage d'une «Silicon Valley à la française ». Nous regrettons vivement, Mme Masson-Delmotte, que par votre soutien réaffirmé, vous permettiez aux promoteurs du projet d’Exposition Universelle de se poser en défenseurs de l’environnement, et de faire oublier les atteintes écologiques irrémédiables qui seront induites par cet événement de pur prestige. 

Les scientifiques se prétendant porteurs de solutions à la catastrophe qui s’annonce, en apportant leur caution à des projets d’un autre âge (la conception du Grand Paris est ancrée dans une époque où ces questions de développement territorial se posaient tout autrement), endossent une lourde responsabilité dans la débâcle qui ne manquera pas de se produire. La science sera incapable de restaurer les ressources naturelles que nous nous apprêtons à détruire. Le béton ne se mange pas, l’excellence et « l’attractivité » non plus. Avez-vous seulement pris le temps de réfléchir à ce qu’implique cette notion si consensuelle d’attractivité, en termes de surconcentration, de vampirisation des périphéries, et de compétition stérile entre communautés ? 

Au contraire, en faisant sur le plateau de Saclay le choix d’une véritable sobriété affirmée, en réfléchissant à une organisation harmonieuse et en privilégiant des aménagements légers, sobres, économes et au service des population locales et du personnel qui y travaille, vous pourriez inventer l’excellence du 3ème millénaire, celle de la qualité de vie et du bonheur de faire société humaine. La seule qui, à terme, pourrait bien présenter aux yeux de tous une réelle « attractivité », et en premier lieu pour la communauté scientifique que ce projet ambitionne d’y installer. Le plateau de Saclay recèle de nombreux atouts, vous le savez, un terreau fertile pour envisager dès aujourd’hui ces changements de paradigmes. 

Nous scientifiques, enseignants et personnels, étudiants et élèves des établissements de Paris-Saclay et au-delà, dénonçons les présupposés idéologiques dangereux, la fuite en avant technoscientifique, le gâchis écologique et financier et le déni de démocratie qui prévalent dans le pilotage de l’opération Paris-Saclay. Nous déclarons notre ferme opposition aux destructions qui s’opèrent en notre nom, et affirmons que ces destructions ne sont en rien nécessaires pour « faire entrer la France dans le XXIème siècle », et lui faire « gagner le pari de l’intelligence ». L’intelligence d’un vrai pari scientifique serait justement de proposer ici un modèle qui embrasse expressément les enjeux du siècle à venir, sans reproduire à l’infini les erreurs du passé. 

(1) Courrier de Députés et Sénateurs à Emmanuel Macron du 20 novembre 2018 http://s396981838.onlinehome.fr/Courrier-a-E-Macron-ligne-18.pdf.


(3) Voir à ce propos l' « Avertissement à l'humanité » de plus de 15 000 scientifiques internationaux, publié le 13 novembre 2017 sur le site de la revue BioScience. 

(4) A ceux qui pensent que la ligne 18 du Grand Paris Express est devenue indispensable à la réussite du projet Paris Saclay : http://s396981838.onlinehome.fr/A_propos_de_la_ligne_18.pdf(5) Vidéos et supports consultables ici : http://assises-mobi-saclay.fr/index.php/presentations. 

Cet appel a été lancé par des scientifiques des établissements de Paris-Saclay Il peut être largement diffusé Si vous souhaitez vous y associer, écrivez à l'adresse contact : urgence-saclay-contact@fdmc.fr en précisant votre nom, statut ou fonction, et votre établissement de rattachement.

jeudi 11 janvier 2018

À propos de la ligne 18 du Grand Paris Express

À tous ceux qui pensent qu’elle est devenue indispensable à la réussite du projet Paris-Saclay

La ligne 18 du Grand Paris Express, investissement lourd réclamé à grands cris par les élus et directeurs d’établissements, est présentée à la fois comme indispensable au désenclavement du plateau, et comme la condition du succès de l’opération Paris-Saclay. Pourtant, ce n’est pas l’avis de nombreux experts, ni celui des usagers et des populations, dont nous essayons ici de donner, de façon concise, quelques-uns des arguments (1).

Avant même la réalisation du cluster, les difficultés d'accès et de transports sur le plateau étaient déjà criantes. On comprend l'inquiétude des personnels des établissements déménagés, notamment de Paris centre et de la petite couronne, qui vont devoir (c'est certain dans tous les cas) subir des embouteillages dantesques, ou les dysfonctionnements du RER B, qui s’aggravent d’année en année. Pour autant, la ligne 18 du Grand Paris Express n'est pas la solution à ces problèmes : ni pour ces nouveaux arrivants, ni pour le reste du territoire.

Tout d'abord, même en prenant en compte tous les nouveaux établissements prévus, la capacité de ce métro sera surdimensionnée d'un facteur 3 (au moins). Nulle part au monde on ne trouve une telle infrastructure dans une zone de si faible densité. Sauf à urbaniser entièrement le plateau, la ligne 18 sera donc un gouffre financier, non seulement à la construction, mais aussi à l'exploitation.

Le cluster Paris-Saclay se répartit en bordure Sud de plateau, sur une bande de plus de 5 km de long et de moins de 800m de large, entre le quartier de Polytechnique à l’est, et le quartier de Moulon-Saint Aubin à l’ouest. La ligne 18, qui doit relier Orly-Massy à Saclay, puis à Versailles (et théoriquement à La Défense), disposera de seulement deux gares dans ce cluster, l’une à Polytechnique et l’autre à Orsay. Dans sa partie Massy-Orsay (ensuite elle bifurque en pleins champs, et ne dessert pas Saint Aubin), elle suivra un tracé Est-Ouest qui double, par endroits à 1km de distance, celui du RER B en contrebas.

Un RER B fiabilisé, rénové, et avec des rames à 2 niveaux + des téléphériques ou autres moyens de rabattement légers à partir des différentes stations (Lozère, Le Guichet, Bures) apporterait des solutions de desserte du plateau plus fines, plus complètes, et de haute capacité. Cette rénovation et cette augmentation de capacité sont de toute façon urgents pour l'ensemble du RER B, mais nécessitent des moyens financiers et techniques qu’il sera impossible de mobiliser dans un contexte de construction simultanée de la ligne 18.

On sait aussi déjà que la ligne 18 ne réduira pas la circulation routière. En effet, le tracé de la ligne 18 est perpendiculaire aux principaux flux de déplacement : quelque 80% des gens travaillant sur le plateau viennent des environs (notamment des vallées et du sud de l'Essonne) et n'auront aucune utilité de cette ligne au quotidien. Il en sera progressivement de même pour les nouveaux arrivants, qui vont chercher à se loger plus près de leur travail. Au final, on attend seulement 0.5% de report modal routier vers le métro.

Enfin, qu'il s'agisse de rénovation du RER B ou de construction de la ligne 18, ces solutions ne seront pas opérationnelles avant 2024. L'urgence pour les nouveaux arrivants comme pour la population déjà sur place, est donc aujourd'hui la mise en place d'un réseau de bus ou de navettes fonctionnel (fréquences, accessibilité, information...). On se demande pourquoi un tel réseau n'est toujours pas organisé (2), et comment il se fait que des solutions de transport vallée-plateau n’ont été que très récemment mises à l’étude, alors qu’elles ne demandent que des investissements modestes, et qu’elles seraient très efficaces pour fluidifier le trafic de desserte locale.

Si la ligne 18 est réclamée avec autant de frénésie par nos élus, outre les perspectives de nouvelles conversions foncières qu'elle va ouvrir, c'est donc surtout parce que son affichage constitue, une fois encore, un élément de prétendue «attractivité» du territoire: leurs lettres récentes au Président de la République et au Premier Ministre sont emblématiques de ce raisonnement (3). Il s’agit d’abord, pour attirer de nouvelles implantations, de garantir à une minorité de cadres et de décideurs l’accessibilité d’aéroports ou de grands centres d’affaires, et ceci à n’importe quel prix.

Le but est donc effectivement, non pas d’améliorer les conditions de vie et de travail des habitants et du personnel, mais d'amener encore plus d'entreprises, d'établissements et d'habitants sur ce malheureux plateau, alors que nous avons juste en face, aux Ulis-Courtaboeuf, une grande zone d'habitat et d'activités qui végète... faute de transports adéquats, et qui pourrait très bien elle aussi être desservie par RER B + téléphérique.

Pour résumer, l’option de ce nouveau métro, inconsidérément promis au personnel et aux acteurs économiques, n’a pas été prise après une étude sérieuse des besoins, et suivant des choix raisonnés d’aménagement du territoire dans la perspective de l'inexorable transition énergétique, mais sur la base d’un modèle dépassé de développement économique. La Communauté d’agglomération Paris-Saclay a d’ailleurs d’annoncé, dans son Contrat de Développement Territorial, une étude globale de la desserte en transports collectifs du plateau de Saclay à différents horizons temporels (4) : de toute évidence, il aurait fallu commencer par là ! Il nous semble urgent d'attendre les résultats de cette étude – à condition qu'elle soit menée sans parti pris par un organisme indépendant – au lieu de se lancer dans une opération ruineuse qui compromettrait irréversiblement l'avenir du territoire.

Urgence Saclay le 09/01/2018

Notes :

(1) On trouvera sur le site des Assises de la Mobilité du plateau de Saclay qui se sont tenues le 18 novembre 2017 à Centrale-Supélec diverses interventions d’experts qui étayent notre argumentaire : http://assises-mobi-saclay.fr/presentations

(2) Des améliorations de la desserte à partir de Massy ont été très récemment annoncées : http://www.epaps.fr/desserte-du-plateau-de-saclay-renforcement-du-rer-b-et-de-la-ligne-91-06c/

(3) Par exemple, courrier de députés et sénateurs à Emmanuel Macron du 20 Novembre 2017 : http://s396981838.onlinehome.fr/Courrier-a-E-Macron-ligne-18.pdf

(4) Action 17 du volet Transports, page 126 du CDT «Paris-Saclay territoire Sud» : http://www.paris-saclay.com/fileadmin/documents/CDT/CDT_Territoire_Sud-VF-3e-partie.pdf

vendredi 22 décembre 2017

« Cette Expo universelle, c’est une tartufferie mégalomaniaque des élus »

Lu dans le Parisien du 3 décembre 2017 : "Les associations opposées à la candidature de Saclay pour l’exposition universelle de 2025 se sont réunies samedi aux Ulis. Le collectif Urgence Saclay s’est encore agrandi. Paris-Saclay 2025 ne les fait pas rêver. Et ils ne s’en cachent pas. Des opposants à la candidature du territoire du plateau de Saclay à l’Exposition universelle de 2025 ont décidé d’unir leurs forces. Rassemblés samedi 2 décembre, aux Ulis, les membres de l’association locale des Citoyens écologistes et solidaires (CES) ont décidé de rejoindre le collectif Urgence Saclay. [...]"



De leur coté, jeudi 14 décembre, les maires favorables à l'exposition universelle promettaient une exemplarité environnementale face aux critiques des opposants. 

Lu dans le parisien du 19 décembre 2017, par Cécile Chevallier : "[...] Jeudi dernier, à l’occasion d’une grande soirée consacrée à la présentation de la candidature française à Gif-sur-Yvette, plusieurs membres du collectif « Urgence Saclay » ont distribué des « diplômes de Tartuffe en écologie » aux élus locaux porteurs du projet en guise de contre-manifestation. [...] Ils ont ainsi protesté contre ce qu’ils estiment être de « l’enfumage ». « Comment prétendre qu’accueillir 40 millions de visiteurs en 6 mois n’aura pas de conséquences sur l’environnement et la vie du plateau, interrogent les membres de l’association contestataire. Les 110 ha sur lesquels le village global de l’Exposition universelle est prévu consommeront 110 ha de terres agricoles supplémentaires. » [...]" A l'invitation de participer au comité scientifique, Urgence Saclay « Nous n’avons aucune raison de rejoindre ce comité cause toujours ! Pas question de nous faire institutionnaliser. La seule chose qui nous intéresse, c’est de réussir à convaincre le public que cette expo "la planète à protéger" est une tartufferie mégalomaniaque des élus. »

mardi 31 octobre 2017

Rendez-vous en terre inconnue

Samedi 28 octobre 2017, 13 h, l’association « Femmes et Développement » nous a donné rendez-vous aux Ulis, à la Vaucouleurs, pour charger le camion de cagettes et de bouteilles vides. Sans idée sur le déroulement du week-end, je me suis laissé guider par la motivation et l’énergie communicative de Nicole, adhérente de CES et de « Femme et Développement » depuis sa création, pour aller fabriquer du jus de pomme aux bénéfices de son association.

Nous voici donc à La Vaucouleurs, devant le camion, à une petite dizaine de personnes, toutes plus chaleureuses les unes que les autres pour charger. Ambiance joyeuse du travail gratuit et collaboratif. Allers et retours camion/cave et cave/camion. Le temps est au beau, l’ambiance est au plaisir d’être ensemble. Camion chargé, nous nous donnons rendez-vous, quelques centaines de km plus loin, à la Varennes sur Loire, où nous logerons.

Accueil "Place du jeu de paume" renommée, dans une blague potache, "Place du jus de pomme". L’ambiance est bien installée. Ce sont de charmants militants de l’habitat partagé qui vont prendre soin de nous toute la soirée, nous nourrir et nous loger. Grande tablée partagée où nous nous découvrons, qui est retraité de l’éducation nationale, qui est travailleuse social, qui est ancienne et ancien maraîcher bio, qui est professeur d'Histoire-Géo, qui est retraité ou encore actif de la recherche publique, qui est réfugié du Darfour, qui est demandeuse d’asile, tous divers et tous uniques, tous frères et sœurs en humanité. Les discussions vont bon train, nous parlons accueil des réfugiés et nous nous désolons de ce que notre France ne sait pas accueillir ses frères comme ils mériteraient de l’être, nous parlons écologie, nous parlons, autour d’une bonne soupe aux légumes et de bons vins de Saumur, des faucheurs volontaires, des OGM, de la Confédération Paysanne, de Notre Dame des Landes. Ambiance écolo, alternative, participative et sociale. Soirée douce et enjouée. Envie de me dire, envie de croire, l’espace de cette parenthèse improbable, que chaque jour, partout sur cette Terre que j’aime tant et à tout moment, la vie est comme cela, simple, écolo, décroissante, solidaire et fraternelle. La soirée se passe, le feu dans la cheminée se meurt peu à peu, tranquillement nous incitant à aller nous coucher.

6 h du matin réveil des troupes. Les yeux encore plein de sommeil pour les uns, l’énergie des petits matins frais pour les autres, nous prenons notre petit déjeuner autour du thé, du café, de bonnes gâches vendéennes et de confitures maison, puis Nicole sonne l’heure du départ. Nous remplissons les voitures de travailleurs motivés et joyeux, direction notre lieu de travail. Trois quart d’heure plus tard nous voici à Ecouflant, dans les hangars de l’association « Espoir jus de fruits » qui, outre de mettre ses installations au service des particuliers et associations, produit ses propres jus de fruits bio certifiés écocert. Nous découvrons l’endroit dans la fraîcheur angevine, mais pas vraiment le temps de flâner, on nous montre nos postes, on nous donne des tabliers que déjà le premier bac de pommes est versé dans le lavoir.

Nous brassons, à la main, pour laver nos pommes bios, nous laverons 2 tonnes de pommes au cours de cette matinée. Régulièrement j’en prélève une cagette pour la verser dans la broyeuse. Plus le temps de trouver que le temps est frais, nous nous activons. Lavage broyage, lavage broyage, lavage broyage. D’autres, pendant ce temps là, récupèrent le broyat pour en faire des mille-feuilles dans le pressoir. Le jus coule à flot, c’est beau et magique. Nous goûtons ce premier jus brun orangé, sucré et goûteux. Tout le monde s’active car la chaîne n’attend pas. Les premiers bacs de jus brut partent à la pasteurisation. Nous continuons à laver, prélever, broyer, presser, laver, prélever, broyer et presser. 

Puis la chaîne d’embouteillage démarre, les premières bouteilles sortent remplis de jus à 75° C. Il nous faut nous organiser pour éponger le flux de bouteilles qui sortent de la chaîne de remplissage, untel sera chargé de mettre les capsules dans la presse, untel encapsulera, les autres mettront les étiquettes sur ces bouteilles bouillantes pendant que les autres les mettront, couchées dans les cagettes de transports. On est concentrés, mais le rythme est rapide. Trop rapide. Nous cassons trois bouteilles … c’est toujours triste. Nous ralentissons la chaîne mais pas trop car il nous faut finir notre millier de bouteilles pour midi. Nous travaillons, pas de pause. Tout le monde est là. Pas de tire au flan. A midi les dernières bouteilles sortent de la chaîne, nous aurons fait plus de 1200 bouteilles en une matinée. Nous sommes heureux de ce moment, nous laissons exploser notre joie du beau travail accompli, de notre solidarité entre nous. Nous finissons de remplir le camion avec les dernières cagettes. L’air dans le camion se réchauffe sous l’action des bouteilles encore chaudes.

Le résultat est beau, nous sommes vraiment très heureux même si nous ne sommes pas allés à l’autre bout du monde, même si nous ne nous sommes pas achetés de beaux objets, même si nous ne nous sommes pas soumis au dictât de la consommation, même si nous sommes un peu fatigués et crado. Nous sommes heureux de ce moment de partage et de fraternité. Nous concluons cette matinée par un déjeuner partagé avant de reprendre la route pour les Ulis et décharger le camion dans les voitures de ceux qui avaient déjà passés commande. 

Depuis des années « Citoyens écologistes et Solidaires » est partenaire de « Femmes et Développement », par sa présence ce week-end, notre association a prouvé que son nom n’est pas vain et que les actions des deux associations sont parfaitement complémentaires et leur synergie positive. Une fois de plus nous sommes profondément heureux d’avoir été aux cotés de belles personnes qui tentent de changer la vie. Superbe week-end.

Bruno BOMBLED